Maurice Leenhardt & la mythologie kanak

1. Vocabulaire

La mythologie : Ensemble des mythes et des légendes propres à un peuple, à une civilisation.

Un mythe : Récit populaire mettant en scène des êtres surhumains et des actions remarquables.

L’ethnologie : Etude scientifique et systématique des sociétés dans l’ensemble de leurs manifestations linguistiques, coutumières, politiques, religieuses et économiques comme dans leur histoire particulière.

Une civilisation : Ensemble cohérent de sociétés ou de cultures et des caractères sociaux qu’elles partagent.

Le balassor : Tissu végétal obtenu en écrasant les racines aériennes des grands banians rouges de préférence et qui servait à la fabrication des bagayous ou comme fanion.

2. Maurice Leenhardt

Pasteur protestant, Maurice Leenhardt appartenait à cette lignée de missionnaires qui pensaient que leur insertion dans la société à évangéliser passait par la connaissance en profondeur de la civilisation.

Arrivé en Nouvelle-Calédonie en 1902, il se lance dans l’étude ethnologique des kanak et plus spécifiquement ceux de Houaïlou dont il est le premier à proposer une transcription de la langue grâce à l’alphabet latin. Par l’observation participante, il analyse leur mode de vie et ses significations de manière globale : art, langue, coutume, mythes.

Il fonde le groupe scolaire protestant de Do Néva afin d’éduquer et de christianiser les populations locales.

Après un passage en Afrique du Sud, il intègre le monde universitaire français où il assura de nombreux enseignements traitant des religions des peuples sans écriture. Sur la fin de sa vie, nommé directeur de l’Institut français d’Océanie, il revint pour une année à Nouméa. Il fut aussi directeur du département d’outre-mer du musée de l’Homme, et membre de l’Académie des sciences d’outre-mer.

Son œuvre scientifique et littéraire fait partie du patrimoine néo-calédonien et constitue un témoignage inestimable pour comprendre la société kanak traditionnelle.

Il est l’auteur d’ouvrage de référence :

-  Traduction du Nouveau Testament en langue de Houaïlou, 1922
-  Notes d’ethnologie néo-calédonienne, 1930
-  Gens de la Grande Terre, 1937
-  Do Kamo. La personne et le mythe dans le monde mélanésien, 1947

Il décède à Paris en 1954.

3. La mythologie kanak

Dans Notes d’ethnologie néo-calédonienne, le fameux pasteur et ethnologue Maurice Leenhardt évoque différents dieux kanak auxquels les autochtones de Houaïlou ou Ponérihouen croient encore au début du XXe siècle.

Retrouvez en ici quelques uns :

Sojari et Sotata : Deux frères dieux de la guerre qui habitent la montagne Doka.

Tutoro : Dieu de la guerre ayant l’apparence d’une sauterelle qui disparaît côté opposé dès qu’on l’aperçoit.

Kapu : Dieu faiseur de pluie.

Bao boe : Déesses sirènes de la vase qui séduisent et emportent les hommes dans les palétuviers.

Tibo : Fée tour à tour bienfaisante ou malfaisante de la côte Est qui habite les racines de banians.

Moaxa : Deux sœurs, déesses du vent qui vivent sur la presqu’île de Mevegon à Houaïlou.

Kavere : Dieux qui révèlent les lieux utiles aux hommes en les marquant de l’empreinte de ses pas. Humidité et végétation demeurent là où il a touché le sol.

Gomawe : Dieu à visage d’homme portant parfois un masque à plumes. Il circule la nuit tombante et séduit les femmes enceintes. Il est la cause de l’interdiction faite aux femmes enceintes de circuler le soir. Sa femme est une cigale dont la voix annonce la mort.

Gorome : Dieu qui habite la mer. Il veille sur la navigation, calme le vent mais il dévore ceux qui lui veulent du mal. On jette des offrandes dans la mer pour se le rendre propice.

Ire : Dieu parfois cité dans la conversation. Lorsqu’on parle sans réflexion et regrette ce que l’on vient de dire, on s’excuse en disant : « J’ai parlé par Ire ». Il n’a ni tête, ni membre. La terre repose sur lui et lorsqu’il se retourne la terre tremble.

Cetu : Dieu qui habite les crêtes de partage des eaux. La liane gorowea qui croit autour des arbres dans les lieux humides lui appartient. Il égare l’homme qui la casse ou l’enjambe inconsidérément et le dirige vers des ravins profonds.

Pwiridua (en païci) : Dieu prenant volontiers une figure humaine et en profite pour jouer des tours aux humains. Avec la civilisation, il a appris à se servir du cheval et du fusil. Il est l’explication des vols inexpliqués.

Meavora : Dieu maléfique que les premiers kanak christianisés ont apparenté au diable. On suspend dans les cases près de la porte des bandes de balassor afin d’éviter qu’il n’entre.

Téin Comari : Dieu inventeur de la guerre. Il vit dans les arbres et dévore des êtres humains. Son nom est précédé du terme tein qui signifie « fils aîné et chef ». Il est prié lors de la guerre et c’est dans ce seul cas qu’on lui sacrifie.

Stéphane Dall’Acqua

Professeur d’histoire géographie

PS : Pour plus de renseignements, LEENHARDT Maurice – « Dieux » in Notes d’ethnologie néo-calédonienne – Paris : Institut d’ethnologie, 1930 – 265 p. – pp. 213-234. (Disponible au CDP de Nouméa)

info portfolio

Portrait de Maurice Leenhardt sur un timbre de Nouvelle-Calédoni

Mise à jour :
14 juin 2012

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